Convertir un document Pages en fichier Word semble anodin, jusqu’au moment où le destinataire ouvre le .docx et découvre des polices substituées, des styles décalés et une mise en page méconnaissable. Le problème ne vient pas d’un bug, mais d’un écart structurel entre la façon dont Pages et Word gèrent les polices et les styles de paragraphe. Comprendre cet écart permet d’agir avant l’export, pas après.
Polices Pages et polices Word : ce que l’export modifie vraiment
Pages utilise les polices système d’Apple (San Francisco, New York) et celles installées via le Font Book de macOS. Word, de son côté, s’appuie sur un catalogue Microsoft distinct (Calibri, Aptos, Times New Roman) et, depuis peu, sur une bibliothèque de polices cloud Microsoft 365 accessible dans Word Online.
Lors de l’export Pages vers .docx, l’application tente de mapper chaque police utilisée vers un équivalent compatible. Si la police n’existe pas dans l’écosystème Microsoft, Word la remplace silencieusement par une police de substitution. Le résultat : des interlignes modifiés, des retraits décalés, parfois des sauts de page inattendus.
| Élément | Comportement dans Pages | Comportement après export .docx |
|---|---|---|
| Polices Apple (San Francisco, Helvetica Neue) | Affichage natif | Substituées par Arial ou Calibri si absentes |
| Polices Google Fonts (Roboto, Open Sans) | Affichage si installées via Font Book | Conservées uniquement si installées aussi sur le PC destinataire |
| Styles de paragraphe personnalisés | Nommés librement, mappés aux styles Pages | Convertis en styles Word proches, parfois renommés ou aplatis |
| Incorporation de polices dans le fichier | Non disponible dans Pages | Disponible uniquement dans Word desktop Windows |
Ce tableau résume le point central : Pages ne permet pas d’incorporer les polices dans le fichier exporté. C’est la principale source de perte de fidélité.

Styles de paragraphe Pages vers Word : pourquoi les correspondances cassent
Pages propose des styles de paragraphe (Titre, Sous-titre, Corps, Légende) qui ressemblent aux styles Word, mais ne partagent pas le même modèle technique. Un style Pages nommé « Titre » ne correspond pas automatiquement au style « Heading 1 » de Word. L’export crée parfois un style intermédiaire, parfois il fusionne deux niveaux hiérarchiques en un seul.
Les attributs les plus fragiles lors de la conversion sont les suivants :
- L’espacement avant et après paragraphe, recalculé selon les valeurs par défaut du modèle Normal.dotm de Word
- Les retraits de première ligne, qui peuvent disparaître si le style Pages n’a pas d’équivalent direct
- Les listes à puces ou numérotées personnalisées, dont le symbole ou le format de numérotation change fréquemment
- La couleur et la graisse appliquées au niveau du style (et non en surcharge locale), qui sont parfois ignorées
Pour limiter ces pertes, la méthode la plus fiable consiste à utiliser dans Pages uniquement les styles dont le nom correspond exactement aux styles Word standards : Heading 1, Heading 2, Body, Caption. Renommer vos styles Pages avant l’export ne suffit pas, car le mappage repose sur des identifiants internes, pas sur les noms visibles.
Export depuis Pages : réglages et précautions avant la conversion
Dans Pages (Mac ou iPad), l’export se fait via Fichier, puis Exporter vers, puis Word. Une case à cocher propose un format de compatibilité avancé. Cette option force l’utilisation du format .docx le plus récent, ce qui améliore la conservation des mises en page complexes (colonnes, zones de texte, images ancrées).
Choix de polices compatibles en amont
Le moyen le plus sûr de conserver les polices d’origine est de ne pas utiliser de polices exclusives Apple dans le document Pages. Privilégiez des polices multiplateformes : Arial, Georgia, Verdana, Times New Roman, ou des Google Fonts largement diffusées comme Roboto ou Lato. Ces polices ont une probabilité élevée d’être présentes sur le poste du destinataire.
Vérification post-export dans Word
Ouvrez systématiquement le fichier .docx dans Word (desktop de préférence) après l’export. Comparez visuellement les deux versions côte à côte. Vérifiez en priorité les titres, les en-têtes de page et les légendes, qui sont les zones les plus sensibles aux substitutions.

Incorporer les polices dans le fichier Word après conversion
Une fois le .docx ouvert dans Word desktop sur Windows, vous pouvez corriger les polices manquantes et les incorporer directement dans le fichier. Cette étape garantit que tout destinataire verra le document tel que vous l’avez conçu, même sans les polices installées.
La procédure passe par Fichier, puis Options, puis Enregistrement. La case « Incorporer les polices dans le fichier » permet de stocker les données de police dans le .docx. Deux sous-options affinent le comportement :
- « Incorporer uniquement les caractères utilisés dans le document » réduit la taille du fichier en n’intégrant que les glyphes effectivement présents
- « Ne pas incorporer les polices système courantes » exclut Arial, Times New Roman et Calibri, déjà disponibles sur la quasi-totalité des machines Windows
- Attention aux licences : certaines polices commerciales interdisent l’incorporation, et Word respecte ce flag en empêchant leur intégration
L’incorporation de polices n’est pas disponible dans Word Online ni dans toutes les versions de Word pour Mac. C’est une limitation documentée par Microsoft. Si vous travaillez exclusivement sur Mac, l’alternative reste de convertir le document en PDF avec polices intégrées, au prix de la perte d’éditabilité.
Word Online et polices cloud Microsoft 365 : une solution partielle
Depuis 2024, Microsoft enrichit progressivement sa bibliothèque de polices cloud pour Word Online. Si la police utilisée dans votre document fait partie de ce catalogue, elle s’affiche correctement dans le navigateur sans installation locale. En revanche, les polices hors catalogue restent substituées.
Cette évolution ne résout pas le problème pour les polices Apple ou les polices commerciales tierces. Elle bénéficie surtout aux utilisateurs qui restent dans l’écosystème Microsoft et utilisent des polices de la collection Microsoft 365.
Le passage d’un document Pages à un fichier Word fidèle à l’original repose donc sur trois leviers concrets : choisir des polices multiplateformes dès la création, vérifier le .docx après export dans Word desktop, et activer l’incorporation de polices dans Word pour Windows avant de partager le fichier. Aucune de ces étapes n’est automatique, et c’est précisément ce qui explique la majorité des déconvenues.

